Le Ruisseau englouti

de Vincent Lauzon


Je la porte en mon sein depuis le premier jour,
Mélopée onirique au fond de mon sommeil,
Qui la nuit me taraude et m’échappe à l’éveil,
Me laissant haletant, vibrant, épaissi, gourd.

Et j’attends, avalé, là où s’ancre la tour
Qui chante, oscille, bat, cathédrâle aux oreilles
(Là, ni soir ni matin, ni lune ni soleil)
Les registres profonds de ce deuxième jour.

L’esprit descend vers nous les bouches cuivrées s’ouvrent
L’esprit en jaillissant d’un linceul d’eau se couvre.
Voix divine, elle est née que déjà elle meurt.

Je les vois s’échapper, ces longs rubans de sphères.
Leur musique, O mon Dieu, je l’entends et je pleure.
Je l’entends, O Seigneur, le ruisseau sous la mer !
 


Note des compositeurs :

« Into the Depths » a été inspiré par « Le ruisseau englouti ». Nous avons fait écho à l’imagerie musicale du poème avec des sons que seul l’hydroörganon pourrait produire. Nous avons aussi voulu rester fidèle à la nature sexuelle et extatique  du texte. Dans ses écrits, Saito encourage la performance simultanée du texte lu (si celui-ci est de nature religieuse) et de la musique du compositeur qu’il adorait par-dessus tout, Bach. C’est exactement ce que nous avons fait.

(Écouter la composition « Into the Depths » d'Adrian Foster etJoel Peters, inspirée par le poème de Vincent.)


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Vincent Lauzon est un dilettante qui écrit, versifie, traduit et compose. Il a publié en français et en anglais, et son premier livre pour enfants, paru il y a vraiment très longtemps, en 1987, a été en nomination pour le Prix du Gouverneur Général. Il n'a pas gagné. Il vit à Laval.